Le #mécénat participatif, une nouvelle forme de citoyenneté ?

PAR THÉRÈSE LEMARCHAND, ASSOCIÉE FONDATRICE DE CULTURE TIME

Le financement participatif, comment cela fonctionne-t-il ?

Le « crowdfunding », ou financement participatif, est une participation financière collective d’individus qui rassemblent leurs ressources pour soutenir les initiatives d’autres personnes physiques ou morales.

Source : www.democratiemiseajour.fr

Développé à grande échelle via internet à la fin des années 2000 aux Etats-Unis, le crowdfunding est à l’adolescence de son développement industriel. Il existait en 2009 dix plateformes web de financement collaboratif sur un modèle émergent. Après une croissance proche de 100% tous les ans, 5.1 milliards de dollars ont été levés en 2013 sur les centaines de plateformes en service à travers le monde, sur l’ensemble des trois domaines du crowdfunding que sont le prêt, l’equity et le don contre don. Le mécénat participatif s’inscrit dans ce dernier sous-ensemble, pour des projets reconnus d’intérêt général, éligibles au mécénat.

En quoi les outils numériques permettent-ils d’amplifier un phénomène qui n’est finalement pas nouveau (la souscription publique existant depuis des siècles) ?

Ce type de mobilisation sur Internet s’est développé avec l’essor des pratiques liées à l’économie collaborative, et dont les réseaux sociaux se sont faits les vecteurs. Ces projets ouverts à tous via internet permettent de connecter entre eux des utilisateurs qui sont aussi citoyens et peuvent devenir des acteurs à part entière de la proposition qui leur est présentée. Les pratiques collaboratives fonctionnent largement sur la « viralité » (la bouche-à-oreille numérique) et la recommandation, et valorisent des expériences, que l’on souhaite découvrir, que l’on a envie de partager avec des personnes qui nous sont proches. Ce qui se crée à travers une campagne de financement participatif, c’est la reconstitution d’une communauté d’intérêts plus ou moins grande, de personnes qui souhaitent se retrouver autour d’un projet qui crée entre elles de nouvelles synergies.

Les outils de partage numériques permettent de donner à ce type d’actions une dynamique soutenue, et un impact dont l’ampleur va être représentative de l’adhésion des personnes au projet. Les utilisateurs de ces outils, qui peuvent être regroupés sous l’appellation de génération G pour générosité, sont des individus, des consommateurs, des citoyens, pour lesquels l’échange, l’attention portée aux autres, constituent des éléments de satisfaction personnelle. A l’inverse des générations X, Y et Z, la génération G s’affranchit de critères démographiques pour s’étendre à tous types d’âges dans un état d’esprit aux aspirations positives. La générosité est appréhendée comme un geste citoyen, la volonté d’un engagement responsable dans les affaires de la société civile.

Stéphane Richard soutient dans sa tribune « Changer d’ère » que l’humanité pourrait « sortir du productivisme de l’ère énergétique » et « entrer dans une nouvelle ère. Mais pour cela, la mobilisation de tous est nécessaire et nous devons prendre conscience de l’urgence de la métamorphose. Il nous faut imaginer une autre culture, réussir à mieux vivre ensemble, penser à autre chose que la concurrence, la rivalité, la violence ». C’est l’expression de la culture web alimentée par des individus qui partagent, donnent, s’engagent, créent, collaborent.

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Culture Time est une plateforme de mécénat participatif pour la culture et l’éducation. Comment est né le projet ?

Dans ce contexte de transformation sociétale globale, mais aussi d’un mécénat d’entreprise peu stable et fortement compétitif, le mécénat participatif est une nouvelle opportunité pour les structures à laquelle il nous a semblé important de donner corps. Elle répond à la fois aux nouveaux désirs de participation et d’expérience de chacun des concitoyens qui sont leurs publics d’aujourd’hui ou de demain, mais aussi aux besoins croissants des structures de diversifier leurs ressources. Culture Time s’est donné pour mission de populariser l’acte de don en mécénat et cette possibilité donnée à chacun de participer à l’art, la culture et le patrimoine, selon ses moyens.

Lorsqu’un établissement public, une structure associative ou encore une collectivité sollicite les citoyens pour un acte de mécénat, il va intégrer dans la description de son projet tant sa dimension artistique que financière pour expliquer en quoi consistent son besoin et sa vision. Le projet va naître grâce au soutien des pouvoirs publics, de fonds privés, des ressources propres de l’établissement mais aussi de la part qui est laissée ouverte à la participation de citoyens. C’est une forme de co-construction qui lui donne de la valeur. C’est également une manière de donner dès l’origine du projet de la valeur au public, de prendre en compte son point de vue et valoriser son adhésion.

Par quels mécanismes le mécénat participatif participe-t-il à créer des liens, des passerelles entre les acteurs de la culture et les citoyens ?

Le premier élément est que chacun est libre de contribuer, au niveau qu’il souhaite, et qu’il est remercié pour sa participation qui est mise en valeur. Cela répond à un besoin de reconnaissance ancestral qui met du baume dans les relations. A travers leur participation et les remerciements qui sont proposés aux donateurs par les structures, il s’agit de permettre aux individus de vivre ensemble des moments privilégiés, par exemple dans une rencontre avec des artistes, la découverte des métiers de la création, une immersion dans des espaces qui vont leur être ouvert spécifiquement.

En même temps, la personne qui participe s’approprie une puissance nouvelle qui est celle de choisir de contribuer plus largement à l’intérêt général, d’être un acteur de la création, de la culture, du patrimoine de demain et finalement d’exprimer une nouvelle forme de citoyenneté active. Ce geste de don prend la forme d’un soutien financier mais également de vote. Il contribue donc intrinsèquement à la construction d’une autre forme de vivre ensemble. Ces opérations d’appel à mécénat sont une première forme de relation participative entre les structures et les publics qui pourra prendre des développements plus affinés par la suite.

Comment le politique peut-il se repositionner dans cet environnement ?

Le politique a pour rôle d’incarner la volonté générale. Il doit accompagner ces mouvements collaboratifs nés de l’aspiration des individus, leur apporter un cadre réglementaire de manière à garantir le respect des droits de chacun, et contribuer à leur maturation en ayant une vision construite et engagée.

Comment le politique voit-il la société de demain ? Comment ce type de financement participe-t-il à la construction de la société ? Comment le citoyen participatif va-t-il établir d’autres liens avec le politique ? La culture et le patrimoine sont des vecteurs de cohésion et d’unité indispensables à la construction d’une société curieuse, innovante et ouverte. Eric Ruff l’exprime merveilleusement : « Que chaque personne qui passe par chez nous reparte avec un petit plus, un petit je-ne-sais-quoi, c’est là notre rôle. Si c’est ce qui permet à la société d’être plus équilibrée, plus pensante, plus acceptante des uns et des autres, alors… »